Eau potable – eau polluée à Solaize ?

Nous vous présentons un état de la situation et des réponses apportées à nos questions sur la qualité de l’eau à Solaize depuis la diffusion du reportage que nous avons trouvé alarmant.

Cet exposé est un peu long mais nous voulons apporter ces éléments à votre connaissance, en totale transparence et sans esprit polémique. Pour que vous soyez au même niveau d’information que nous.

Tout d’abord, il est important d’avoir quelques notions sur qui fait quoi en matière d’eau : d’où vient-elle, qui nous la distribue, qui en contrôle la qualité ?

  • L’eau que nous buvons provient des nappes phréatiques les plus proches de la zone à distribuer. En l’espèce, Solaize est alimentée par une nappe phréatique située à quelques kilomètres au Sud. On la surnomme « le champ captant de Ternay » situé en aval de la Vallée de la Chimie.Sous la responsabilité de La Métropole de Lyon, elle est pompée et traitée avant d’être distribuée par Eau du Grand Lyon. Ce service public métropolitain fait l’objet d’un rapport annuel qui est présenté en Conseil municipal avant d’être mis à disposition du public.
  • Les analyses et la décision de son caractère potable relève d’une compétence de l’Etat au travers de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Il produit un « Rapport annuel sur la qualité des Eaux destinées à la consommation humaine ». Ce rapport fait lui aussi l’objet d’une présentation annuelle en Conseil municipal avant d’être mis à disposition du public

Ensuite, au sujet des PFAS ou perfluorés.

Il s’agit de substances chimiques produites par l’homme. Leurs caractéristiques de résistance aux chaleurs intenses, à l’acidité, au gras, à l’eau (entre autres) les rendent particulièrement indispensables aux process industriels de fabrication de nos objets du quotidien : vêtements, mobilier, emballages, ustensiles de cuisine, peintures, etc…

L’usage des plus connus d’entre eux (PFOA et PFOS) est limité mais ils ont été remplacés par d’autres de la même famille. Ils sont partout et ont une longévité exceptionnelle car leur structure chimique est l’une des plus solide qui soit. Ils s’accumulent donc dans notre environnement et sur un temps long, y compris dans les organes humains.

L’eau que l’on boit, en général et pas qu’au Sud d’Arkema est l’une des principales sources d’exposition. C’est pour cette raison que le sujet est fondamental pour nous tous. Les quantités absorbées par le contact comme les vêtements ou les produits cosmétiques, l’alimentation ou l’air intérieur sont aussi une source d’inquiétude car il est difficile de les évaluer et de mesurer leur importance relative par rapport à l’eau de consommation.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments a réévalué le seuil d’exposition acceptable à la baisse en 2020 (en divisant le seuil par 2 000 !) estimant que la population européenne était trop exposée. Une directive européenne Eau Potable a suivi, apportant de nouveaux paramètres sur la question de la qualité de l’eau potable et introduisant la notion de maitrise des risques pour en garantir la qualité, notamment sanitaire. Il est intéressant de noter qu’il s’agit – à l’origine de cette directive – d’une initiative de citoyens européens qui ont atteint le seuil de saisine du parlement.

La question des perfluorés fait partie des paramètres visés par la directive. La France a, en principe, comme les autres pays de l’Union, quelques années pour transcrire cette directive dans le droit français. Et les collectivités en charge de l’eau devront réaliser des études de risques sur l’ensemble du système d’approvisionnement, de la ressource jusqu’au robinet du consommateur.

Concernant Solaize

Faisant suite à la diffusion du reportage de mai alertant sur les taux importants de ces composants dans les eaux potables du secteur, inquiet, Monsieur le Maire a saisi le Président de La Métropole et le Préfet de Région. Il leur a demandé « des éléments d’analyse permettant d’évaluer le niveau de pollution de l’eau potable de Solaize aux perfluorés ».

La directive européenne de 2021 a prévu les seuils suivants comme étant jugés acceptables dans l’eau : 0,1 µg/l (ou 100 ng/l) pour une somme de 20 composés de la famille des PFAS et un seuil de 0,5 µg/l pour la somme de tous les PFAS. Mais c’est assez compliqué à mesurer car on ne sait pas encore analyser l’ensemble des perfluorés (il y en a des milliers) d’un seul coup sur un seul échantillon.

Qu’en dit La Métropole ?

Dès 2017, la Métropole avait menée des campagnes de mesure de concentrations en PFOA et PFOS dans les eaux du robinet de 40 communes métropolitaines. Elle a donc été en mesure de nous les transmettre : les voici. Les résultats semblent inférieurs au seuil mais il ne s’agit là que de la somme de 2 perfluorés. Pour être probant, il faut analyser une somme de 20 composés de la famille des PFAS.

La Métropole a promis d’autres analyses qui sont arrivées le 7 juin. L’analyse a porté sur 4 réservoirs alimentés par le champ captant de Ternay et sur 20 perfluorés cette fois. Les 4 réservoirs sont respectivement situés à Solaize, Givors et Grigny.

Le taux de concentration suivant a été observé : Solaize – Réservoir Le Pilon : 166,9 ng/l soit 67% au-delà de la norme européenne citée plus haut (résultats du labo).

La prochaine étape, nous écrit La Métropole, est « de travailler avec les gestionnaires du champ captant, pour fournir une eau de qualité aux habitants ».

Le champ captant de Ternay

Le gestionnaire du champ captant de Ternay d’où vient – notamment – l’eau des robinets de Solaize, est constitué en Syndicat : le syndicat mixte d’Eau Potable Rhône Sud. Son activité ? Le captage, le traitement de l’eau. La Métropole, par l’intermédiaire de l’Eau Du Grand Lyon, s’y fournit pour distribuer l’eau à Solaize.

La position de ce syndicat est de confirmer que les analyses comportent un taux qui dépasse la future norme et de prévoir des prélèvements trimestriels. Pourtant, il indique aussi que l’Agence Régionale de Santé estime que l’eau peut être consommée sans restriction sur l’eau distribuée … Avant d’écrire que « Les effets sur la santé seraient susceptibles de se matérialiser après une exposition supérieure à la future norme et ceci pendant toute une vie »…. (sic)

Certes, comme le syndicat l’indique, les rejets industriels vont progressivement prendre fin (quand ?), et nous devons changer des habitudes de consommation qui nous exposent à ces polluants. Pour autant, la seule solution technique envisagée à court terme, semble être le mélange des eaux avec des eaux non polluées avant de parvenir à réduire la pollution à la source en lien avec les industriels concernés.

C’est largement insatisfaisant de notre point de vue.

L’Etat

Nous avons reçu un courrier de l’ARS, daté du 23 juin, indiquant que « le suivi de la teneur en composés perfluorés sera intégré au contrôle sanitaire au plus tard en 2026 » mais « que le contexte » amène à anticiper ce contrôle. Aussi l’ARS prévoit un suivi analytique renforcé sur les secteurs concernés dès le mois de juillet.

Le suivi « comportera une analyse trimestrielle des 20 composés » visés par la directive et en 3 points du réseau : sur l’eau brute avant traitement, après traitement et dans le réseau des communes desservies.

Quant au Préfet, celui-ci ne nous a pas encore directement répondu. Il nous a en revanche, conviés à un « comité de suivi par visio » ce soir 8 juillet.

Qu’a-t-on appris ?

Que les autorités vont travailler sur un Plan d’actions (filtrage, mélange d’eaux, les solutions de dépollution ne sont pas déterminées …)

Qu’elles nous ont recommandés de prendre les taux de pollution avec prudence, certaines analyses n’étant pas certifiables.

Que la DREAL, la police de l’Eau, va effectuer des prélèvements des eaux souterraines, superficielles et des stations d’épuration pour cartographier la pollution.

Que les autorités vont faire des analyses eau, air, sol végétation, poissons.

Et, en conclusion, qu’il est trop tôt pour se prononcer. L’Etat souhaite connaitre les liens entre le Rhône et l’eau du robinet. Des prélèvements auront lieu à partir de la semaine prochaine. Les résultats seront connus mi-aout, les données seront transmises en septembre, ainsi que les solutions envisageables pour diminuer les taux de perfluorés dans les secteurs les plus touchés.

Quant à savoir si on peut continuer à boire l’eau de notre robinet, la réponse de l’ARS est la suivante : « Tant qu’on n’a pas de résultats plus fins, on ne va pas déconseiller de boire de l’eau du robinet »

A suivre donc. A suivre nécessairement puisqu’en septembre, la suite du reportage du mois de mai dernier sera sur vos écrans. Comme un coup de pouce à l’avancée du dossier….

Votre municipalité reste attentive à l’évolution de cette question sensible et restera constante dans la transparence des informations dont elle disposera.